On parle souvent de ce que Driss a appris à Philippe par son management à la fois exigeant et bienveillant : lui redonner le gout de la vie, en tous cas à la vie qu’il pouvait vivre malgré son handicap…

On oublie parfois ce que Philippe a appris à Driss, mais regardez plutôt les 2 versions de la même scène…





 

Que se passe t-il ?

  1. Dans la version 1 Driss agit totalement soumis à son instinct, ce que j’appellerai du circuit court : « je ressens une émotion (ici la colère) et j’agis soumis à l’émotion en déchargeant mes affects… sur l’autre »
  2. Dans la seconde Driss agit de manière raisonnée : le circuit est plus long parce que l’émotion ressentie a fait un petit détour par son cerveau pour trouver une posture adaptée et une communication canalisée.

C’est en fait la première chose à comprendre pour bien manager : passer de “ce que j’ai envie de dire” (ce que mon émotion commande) à “ce qu’il faut dire” (ce que mon objectif justifie)

Et pour passer de l’un à l’autre il « suffit » juste de se poser la question de l’objectif : « Qu’est-ce que je vise ? »

Exemple de discussion avec un cadre sur une problématique quotidienne :

  • « Ce collaborateur m’agace avec ses commentaires négatifs en réunion »,
  • « Et que vas-tu faire ? »
  •  « Je vais “me le faire” en réunion devant tout le monde ! »
  • « Est-ce que : « te le faire » est un objectif managérial ? »
  • « Non… mais ça va me faire du bien ! »
  • « C’est sûr ! »

Effectivement parler soumis à l’émotion c’est à dire « se défouler » fait un bien fou ! mais principalement à celui qui se défoule, rarement à celui sur lequel on se défoule : au détriment des autres c’est malheureusement improductif…

  • « Non mais tu comprends j’aimerai qu’il arrête de systématiquement…. »
  • « Ah ça par contre : “qu’il arrête”, c’est un objectif managérial !; et si tu lui dis devant tout le monde avec violence est-ce que ça va être efficace ?
  • « Probablement pas… ok, je le verrai en individuel à l’issue de la réunion »

Tous les jours nous sommes confrontés à ce choix Cornélien ; “je le dis maintenant comme je le ressens ou “j’attends un peu pour le dire non pas « gentiment » mais de « manière entendable” ?

Si c’est sur la base d’un ressenti positif, le risque est moindre… au pire ce sera peut-être pris pour « too much » : « J’adoooore ce que tu as fait, c’est topissime, heureusement que je t’ai dans l’équipe », voilà ce que pourrai me conseiller instinctivement la joie ressentie suite à un succès.

En cas de sentiments négatifs (peur, colère, tristesse…), il vaut donc mieux réfléchir à la manière de bien le dire avant de parler…

Mais bon sang bien sûr c’est pour cela qu’il faut tourner 7 fois sa langue dans sa bouche !

On m’avait bien demandé de le faire mais sans jamais m’expliquer quoi faire pendant alors je trouvais le temps long ! Maintenant je sais : c’est pour avoir le temps de réfléchir à mon objectif et la meilleure manière de l’atteindre.

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